Conseil Communal du 23 février 2006
Interpellation
L'air du temps
Jacques Coupez, Conseiller communal
"Le temps est actuellement sous l'influence d'un anticyclone centré sur les îles britanniques qui dirige sur la Belgique des courants continentaux et stables provenant de l'Europe de l'Est. La Cellule interrégionale de l'environnement (CELINE) a à nouveau constaté dimanche, pour le troisième jour consécutif, des concentrations élevées de particules fines présentes dans l'air, et ce en différentes stations de mesures du pays. Sur une échelle de 1 (excellente) à 10 (exécrable), l'indice de qualité de l'air a varié dimanche de 9 (très mauvais) à Charleroi à 7 (très médiocre) à Bruxelles, Anvers et Gand, tandis qu'à Liège il était de 8 (mauvaise)"
"La Cellule avertit que la situation ne devrait pas s'améliorer avant un certain temps. Des concentrations élevées de particules fines dans l'air sont donc encore attendues pour les prochains jours."
"Il est conseillé aux personnes sensibles (jeunes enfants, personnes âgées ou souffrant de maladies pulmonaires et cardio-vasculaires), d'éviter les efforts physiques intenses. Le jogging est également déconseillé"
Voilà globalement ce que l’on pouvait lire et entendre dans la presse début de ce mois.
Si un tel communiqué attribuait cette situation au phénomène atmosphérique que sont les inversions de températures et à une pollution venue de l’est, il n’en est pas moins vrai que l’industrie sidérurgique, les véhicules diesel, et des modes de chauffage domestiques contribuaient à charger l’atmosphère de Charleroi en particules fines (PM10).
La norme européenne fixe à 50 µg/m3 la quantité de particules admises alors que les relevés effectués montraient des pics à188 µg/m3 sur Charleroi (Bd Général Michel) et une pointe de 360 µg/m3 à Marchienne au Pont le 29/1(Quai Sud). A Lodelinsart le capteur se trouve Pl. de l’Abattoir
En fait, du 21/1 au 6/2, soit durant 15 jours calendriers, l’air à Charleroi était qualifié par les spécialistes de "très médiocre à très mauvais" ce qui n’est pas un fait nouveau.
Le seuil de prévention pour la santé (50 microgrammes/M3) a été dépassé X fois Source : celine
| Marchienne | Charleroi | Lodelinsart | |
|---|---|---|---|
| 2003 | 134 | 81 | 99 |
| 2004 | 100 | 24 | 86 |
| 2005 | 86 | 29 | * |
| 2006 | 37 | 21 | * |
A titre de comparaison, l’objectif imposé par l’Union Européenne pour 2005 était de descendre sous les 35 jours de dépassement par an, et pour 2010 sera de descendre sous les 7 dépassements par an mais à 20 µg/m3
Ce qui me semble aujourd’hui important, c'est que la norme européenne pour 2006 est déjà atteinte à Marchienne et que la future norme (2010) l'est aussi à Charleroi.
Si l’on n’agit pas aujourd’hui, nous serons très loin du compte, d’autant qu’un récent rapport de la commission européenne montre que les installations sidérurgiques de Marchienne et Marcinelle émettent quelques 3730 tonnes de particules fines (PM10) par an, soit 29% des émissions industrielles de particules fines de Belgique et 2,7% des émissions industrielles de particules fines de l’Union européenne ! C’est le deuxième émetteur européen de ce polluant.
Les quartiers de Marchienne et Dampremy (Porte Ouest) en savent quelque chose car ils ont en sus à supporter de véritables nuages de poussières "classiques" et des fumées qui à certains moments dépassent tout entendement. (sidérurgie, cokerie, école du feu)
La présence de la sidérurgie au cœur de la ville n’est pas possible à terme dans ces conditions.
Nous devons impérativement intervenir pour que cette pollution soit ramenée au moins aux niveaux imposés.
L’Europe resserre les normes, c’est donc qu’il est possible techniquement de les atteindre
Au vu des chiffres qui viennent d’être cités, il nous paraît nécessaire que les pouvoirs publics carolorégiens apportent leur concours à ces entreprises pour qu’elles puissent réduire significativement leurs émissions.
Les sidérurgistes vivant une phase de bénéfices exceptionnels, le moment est peut-être venu de revendiquer des investissements pour réduire la pollution.
Au travers de cette démarche, il n’est nullement question « d’asphyxier » les patrons ni de nuire à l’activité économique et donc à l’emploi.
Il n’y découlerait que du positif pour la santé des travailleurs, des riverains, et pour la ville elle-même. Après ceci, pourriez-vous nous informer, Mr le Bourgmestre, Mr Cariat, du résultat de la rencontre qui s’est tenue sur le sujet avec les sidérurgistes ? Afin d’informer, de sensibiliser la population à la qualité de l’air sur la ville, ne pourrait-on pas :- informer en temps réel l’indice de qualité (plus conseils mobilité...) via de l’affichage électronique sur les axes principaux d’entrée en ville et dans le centre?
- Idem pour l’information : via un lien internet entre le site de la ville et celui de la Cellule Interrégionale de l'Environnement : Celince-Ircel ou encore solliciter une information sur les pages télétexte de Télésambre et de la RTBF.
- Informer via les médias des éventuelles précautions à prendre pour les personnes
- Adapter, déplacer certains exercices à l’école du feu Image de la nouvelle entrée « Porte Ouest »
- Solliciter de la région wallonne la mise en place de capteurs supplémentaires dans les quartiers sous les vents dominants et/ou sensibles aux polluants
- Avant bouclage du métro, revoir, renforcer, créer certaines lignes TEC pour favoriser le transport en commun. (après l’industrie, l’automobile est le 2ème tiers polluant)
On me cite l’exemple d’une liaison d'une fois l'heure en semaine et d'une fois par jour le dimanche pour le quartier de Marcinelle-Haies/Bois du Cazier/Route de Nalinnes. Soit le service qui dessert ces quartiers de notre ville sans avantage par rapport à Gourdinne (village rural en bout de ligne)
A l’instar de ce qui se fera à la piscine Hélios, la ville ne pourrait –elle promouvoir une politique novatrice en matière de développement de capteurs solaires pour la production d’eau chaude dans certains bâtiments publics, industriels, groupe d’appartements, hôtels, privés, ... ? (Intérêt accru pour les zones polluées)
On pourrait y gagner X litres de combustible pour la production et X quantité de particules fines en moins dans l’atmosphère .(le chauffage étant le 3ème tiers polluant)
Pour ce qui est de la pollution à partir du chauffage, il y aurait un travail d’information à faire en matière d’isolation des bâtiments, de chaudières « propres », de primes diverses et ...pourquoi pas créer à Charleroi un "un salon spécifique de l’énergie" avec l’ensemble des acteurs impliqués par les problématiques.
Au travers des ACEC, en matière de création et d’inventivité, Charleroi s’est fait connaître de part le monde, une autre image est à conquérir : celle d’une ville industrielle avec un air sain !
Ce texte avec tous les tableaux et chiffres au format pdf